La bicyclette Hirondelle de Manufrance, vélo légendaire de Saint-Étienne
L’Hirondelle est la marque de bicyclettes de Manufrance, la Manufacture française d’armes et cycles de Saint-Étienne. Lancée en 1891 et vendue sur catalogue dans toute la France, elle doit sa renommée à sa solidité et à la rétro-directe, un vélo à deux vitesses sans dérailleur qu’on change en pédalant en arrière, brevetée par la marque en 1903. La production s’est arrêtée avec la fin de Manufrance, liquidée en 1985. Aujourd’hui, une Hirondelle d’occasion se vend le plus souvent entre 40 et 150 €, davantage pour les modèles anciens et rares.
Manufrance, de Saint-Étienne à toute la France
- 1887 : Étienne Mimard et Pierre Blachon rachètent une fabrique d’armes de Saint-Étienne, qui devient la Manufacture française d’armes de Saint-Étienne.
- 1891 : lancement de la bicyclette Hirondelle.
- 1901 : l’entreprise ajoute « et cycles » à son nom.
- 1911 : elle devient Manufrance.
Sa force est la vente par correspondance : un catalogue de plusieurs centaines de pages (960 en 1977) envoyé dans toute la France, où l’on commande aussi bien un fusil qu’une machine à coudre ou une bicyclette. Le magazine Le Chasseur français, édité par la maison, fait le reste. L’Hirondelle arrive ainsi dans les campagnes les plus reculées, à une époque où le vélo devient le moyen de transport de tous les jours.
La rétro-directe, l’invention qui a fait sa réputation
Bien avant que le dérailleur ne se répande, l’Hirondelle propose deux vitesses sans manette ni dérailleur. La chaîne passe sur deux pignons arrière, chacun avec sa roue libre :
- en pédalant en avant, on roule sur le grand développement, pour le plat ;
- en pédalant en arrière, la chaîne entraîne l’autre pignon, plus grand, et le vélo avance toujours : c’est le petit développement, pour les côtes.
La version à une seule chaîne est brevetée par Hirondelle en 1903. En 1913, un modèle « grand tourisme » à six vitesses rétro-directes et roue libre se vend 200 francs. La rétro-directe reste pendant des décennies l’alternative au dérailleur, et elle compte aujourd’hui parmi les modèles les plus recherchés des collectionneurs. Pour comprendre les développements, voyez braquet et développement, et pour le vocabulaire des cyclistes, le lexique du cyclisme.
Les « hirondelles » de la police parisienne
De 1901 à 1984, Paris a eu ses agents de police à vélo, surnommés les « hirondelles » à cause de leur pèlerine qui flottait au vent comme des ailes. Ils patrouillaient surtout la nuit, par brigades dans chaque arrondissement, avant d’être remplacés par les brigades motorisées. Le surnom est souvent associé aux bicyclettes Hirondelle, sans qu’on sache si les vélos de service venaient tous de Saint-Étienne.
Des motos et des cyclomoteurs Hirondelle
Manufrance a aussi vendu des deux-roues à moteur sous la marque Hirondelle, de 1914 à 1966 : d’abord une motocyclette de 332 cm³, puis, après-guerre, des motos de 125 et 175 cm³ à moteur Ydral et des cyclomoteurs de 49 cm³ à moteur Lavalette ou Poulain. Comme pour les vélos, plusieurs étaient fabriqués par d’autres constructeurs et vendus avec le logo MF.
La fin de Manufrance
Les difficultés commencent en 1975. Liquidée une première fois en 1979, relancée en coopérative en 1980, l’entreprise est définitivement liquidée en 1985, et ses biens vendus en 1986. La marque Manufrance a été reprise en 1988 et vend aujourd’hui des articles de maison, de textile et de loisirs, ainsi que des rééditions de ses anciens catalogues ; les bicyclettes Hirondelle, elles, ne sont plus fabriquées. Les anciens bâtiments de l’usine de Saint-Étienne abritent désormais le centre des congrès, la chambre de commerce et un planétarium, et le musée d’Art et d’Industrie de la ville lui a consacré l’exposition « C’était Manufrance » en 2011.
Pour plonger dans cette histoire, deux livres rassemblent catalogues et photos d’époque : Manufrance, un siècle de vente par correspondance et L’album d’un siècle.
Acheter et restaurer une Hirondelle
- Le prix : la plupart des Hirondelle des années 1950 et 1960, en état d’usage, se vendent entre 40 et 150 € d’occasion. Les modèles d’avant-guerre, les rétro-directes complètes et les vélos d’origine bien conservés intéressent les collectionneurs et se négocient plus cher.
- L’authenticité : cherchez le nom Hirondelle et le logo MF sur le cadre, le garde-chaîne ou la plaque de direction, et le numéro de cadre ; comparez avec les catalogues de l’époque.
- L’état : un cadre rouillé de surface se restaure, un cadre tordu ou fissuré non. Vérifiez les roues, le pédalier et, sur une rétro-directe, les deux roues libres.
- Les pièces : pneus, chambres à air et câbles se trouvent encore ; certaines pièces d’origine, comme les roues libres de rétro-directe, se cherchent dans les bourses d’échange et chez les spécialistes du vélo ancien.
Pour remettre en route un vieux vélo, voyez comment changer une chambre à air, changer l’axe de roue arrière et régler ses freins. Pour compléter la tenue d’époque, voyez l’histoire de la gapette. Pour un autre vélo de légende, voyez le vélo de facteur ; pour un vélo fabriqué à la main en France aujourd’hui, les artisans cadreurs et les vélos en bois Gastaboy.
Questions fréquentes
Le bon équipement
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Livres sur l’histoire de Manufrance
Catalogues, photos et histoire d’un siècle de vente par correspondance stéphanoise.
Modèle proposé : Manufrance, un siècle de vente par correspondance